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 Antonio GRAMSCI

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Thibaut Meunier

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MessageSujet: Antonio GRAMSCI   Mer 1 Aoû - 20:32

Antonio GRAMSCI - Le révolutionnaire


À la veille de la révolution russe, Gramsci, âgé alors de 26 ans, apparaît comme un socialiste assez éclectique. Tout à la fois nationaliste sarde et internationaliste, hégélien et marxiste. Fervent lecteur de Croce, Gramsci est aussi un idéaliste. Plus journaliste et éducateur que révolutionnaire, il n’est pas non plus initié aux tâches pratiques d’organisation. Le grand tourbillon de 1917 permit à Gramsci à quitter son élitisme et son idéalisme pour devenir, pleinement un révolutionnaire marxiste.

La révolution russe fut accueillie à Turin avec enthousiasme et l’on commença à l’aile gauche à faire des plans organiser dans la péninsule, la mobilisation des ouvriers. Gramsci s’y investit corps et âme, écrivant sur la Révolution, les conseils ouvriers et les applications possibles pour la classe ouvrière russe.

L’insurrection ouvrière de Turin eut lieu en août. Emmenée par les femmes, demandant du pain et la fin de la guerre, en écho à leurs camarades de Petrograd, la manifestation se transforma en révolte armée. L’échec de l’insurrection montre cruellement les carences du PS. Ce n’est pas, à l’inverse du parti bolchevik, un parti révolutionnaire organisé et prêt à l’action. Pendant une semaine, les affrontements avec la police et l’armée font 500 morts. Au lendemain de ces sanglantes journées, la plupart des cadres du PS sont en prison ou discrédités. Gramsci reprend en main Il Grido del popolo, un des organes du parti. Il est élu peu après à la commission exécutive de la section socialiste de Turin. Après Août à Turin et octobre en Russie, Gramsci, comme la gauche du parti sont convaincus que désormais la révolution en Italie est inévitable. Seulement, il faut s’y préparer.

C’est la mission à laquelle Gramsci s’attelle dans les années qui suivent. Préparer la classe ouvrière à la prise du pouvoir. En 1919, il participe au lancement d’un nouveau journal, Ordine Nuovo, dans les colonnes duquel il expose la nécessité de fournir aux ouvriers une éducation politique et culturelle, de réorganiser la société italienne et de construire une nouvelle culture socialiste. Cette préparation passe aussi par une transformation du Part socialiste. Il faut mettre cette organisation sur le pied de guerre car une fois la marche vers la révolution enclenchée, soit c’est le Parti socialiste qui prendra le pouvoir, soit le pouvoir capitaliste fera tout pour éliminer par la violence toute forme d’organisation de la classe ouvrière. Lénine fait écho à ses propres lectures des écrits de Gramsci en encourageant les ouvriers italiens à rompre immédiatement avec les réformistes, s’armer et s’organiser en vue de la prise du pouvoir. Mais la pertinence de l’analyse ne permit pas le succès. Si l’organisation de la révolution s’était faite plus rapidement après les événements d’août, la réaction aurait fait moins de ravages et peut-être que la situation aurait laissé plus de perspectives à la gauche. L’été 1920 vit le pouvoir profiter de l’impréparation des ouvriers pour entamer un bras de fer. Les ouvriers occupèrent les usines. Une autre insurrection s’ensuivit, s’étendant à tout le pays. Craignant une défaite en cas de confrontation armée, Gramsci et Bordiga, le chef de file de l’aile gauche du Parti socialiste choisirent la modération. Mais ils étaient également affaiblis par l’activisme des réformistes qui faisaient tout pour refroidir l’agitation et faire cesser l’occupation des usines. Gramsci manquait d’expérience pour voir que la lutte devait aller jusqu’au bout car toute défaite conduisait non pas à l’affaiblissement, mais à la disparition de la mobilisation des ouvriers. De fait, la réaction ne se fit pas attendre et le pouvoir pu compter sur l’action violente des squadistri de Mussolini, attaquant les socialistes et les syndicalistes dans la rue et dans leurs locaux.

L’homme ne fut pas le Lénine italien, ce qui ne lui permit pas de transformer radicalement l’action des socialistes en une marche déterminée vers la révolution.

Le Parti communiste italien vit le jour le 21 janvier 1921 à Livourne. La première tâche à laquelle Gramsci s’attela fut le regroupement et la remobilisation des ouvriers démoralisés et la seconde, fut de militer en faveur de la constitution d’un front uni armé des socialistes et des communistes face à la menace fasciste. Mais l’attitude sectaire des communistes ne permit pas à la gauche de s’unir efficacement contre Mussolini.

Figure de proue intellectuelle du PCI, Gramsci ne fut jamais un leader politique d’envergure nationale. Sa timidité et sa santé fragile entre autres, le retinrent derrière l’avant scène politique.

Gramsci entreprit un voyage en Union soviétique en mai 1922. Il passa également par Vienne. Malade, il rencontra sa future femme, la fille d’un ami de Lénine. Membre actif du Komintern à cette période, il contribua à l’analyse du fascisme développée par le Mouvement communiste international.

De retour en mai 1924 en Italie, Gramsci fut élu député de Vénétie et commença un important travail, gagner ses camarades à ses idées de la nécessité d’un parti révolutionnaire de masse, ouvrier et paysan. Il crée l’Unità, le quotidien communiste qui disparaîtra en 2000. Entre temps, la Marche sur Rome avait eu lieu et les fascistes étaient parvenus au pouvoir. Sa position fut majoritaire et, à partir de 1925, il entreprit de construire aussi ce parti dans le Sud du pays.

Gramsci fut arrêté le 8 novembre 1926 à Rome. Emprisonné avec d’autres opposants aux chemises noires, Gramsci fut jugé coupable de conspiration, d’incitation à la guerre civile et à la haine de classe. Lors de son procès, Gramsci prédit : "Vous conduirez l’Italie à la ruine et ce sera à condamné à nous, les communistes de relever le pays". Il fut condamné à 20 ans de prison en 1928.

Sa santé se détériora fortement pendant ses années de prisons et il succomba à une hémorragie cérébrale au matin du 27 avril 1937, à l’âge de 46 ans.
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Thibaut Meunier

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MessageSujet: Re: Antonio GRAMSCI   Mer 1 Aoû - 20:34

Antonio GRAMSCI, le socialiste

Parmi les théoriciens essentiels de la pensée marxiste, il faut citer Gramsci. Pour certains, le moins dogmatique des théoriciens de la révolution. Il ne fut pas pour autant un "millénariste", car pour lui, "l’homme est un processus, et, précisément, c’est le processus de ses actes".

Il était né le 22 janvier 1891 à Ales, un village de Sardaigne. À quatre ans, il tomba par terre, des bras de quelqu’un qui le portait ; cette chute provoqua une malformation de la colonne vertébrale, qui compromet sa santé à jamais. Il ne quitta pas la Sardaigne avant ses vingt ans. Doté d’une grande force de caractère, le jeune Antonio ne fut pas un enfant heureux. Plutôt réservé et mélancolique. Il apprit à compter sur ses propres forces plutôt que se reposer sur autrui, ce qui devait le préparer à affronter les épreuves futures. Un de ses refuges fut bien sûr la lecture. Une boulimie de livres. Ce fut son aîné de sept ans, Gennaro, qui l’introduisit aux idées socialistes et au monde des luttes de la classe ouvrière sarde. À 18 ans, Antonio Gramsci fréquenta le lycée de Cagliari, ne cachant très longtemps ses opinions socialistes et anticolonialistes. Dans une dissertation pour l’école, intitulée Opprimés et oppresseurs, il écrit en faveur du "combat permanent de l’humanité contre la tyrannie d’un seul homme, d’une seule classe, ou même de tout un peuple".

À l’automne 1911, Gramsci obtint une bourse et fut admis à l’université de Turin. Il entama des études de philologie et envisagea une carrière de professeur de linguistique. Il adhéra à la fédération de la jeunesse du Parti socialiste durant l’été 1913 et au Pari socialiste l’année suivante. 1915 constitue un tournant. Il abandonne ses ambitions universitaires pour satisfaire sa soif avide de passer à l’action politique. La première guerre mondiale engloutissait alors la jeunesse d’Europe. La pensée de Gramsci, à ce stade de son évolution peut se définir comme un socialisme qui croit dans le pouvoir des idées et la capacité des intellectuels à modifier le cours de l’Histoire. Il se sent profondément Sarde et solidaire de ce Mezzogiorno rural et pauvre, colonisé par cette oppressante Italie du Nord. Comme d’autres, Gramsci nourrissait de la sympathie pour la frange syndicale et révolutionnaire du mouvement socialiste dont l’un des animateurs est alors Benito Mussolini.

Gramsci avait passé du temps à assurer la formation des jeunes ouvriers en les initiant à Marx, Romain Rolland, Benedetto Croce ou Antonio Labriola. Dans le même temps, il avait commencé son activité de journaliste en écrivant des articles pacifistes dans la presse socialiste turinoise. A partir de 1916, il a sa rubrique, à la fois culturelle et politique, dans Avantì, l’organe du PS de Turin. C’est au début de 1917 que Gramsci publie La Citta futura, (la Cité future), une brochure pour la fédération des jeunes socialistes. Destinée à amener les jeunes travailleurs et les étudiants au socialisme, ce petit livre fut le témoignage de la croyance de Gramsci dans la force de la volonté, guidée par une analyse intelligente de la réalité dans le cadre de la discipline d’un parti politique fort. Cette volonté ainsi articulée permettait les changements fondamentaux nécessaires dans la société et dans l’Etat.
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Thibaut Meunier

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MessageSujet: Re: Antonio GRAMSCI   Mer 1 Aoû - 20:35

Antonio GRAMSCI - Le théoricien

C’est au moment de son emprisonnement que la pensée politique de Gramsci atteint sa maturité. Cependant, c’est une fois incarcéré que le socialiste révolutionnaire forme sa pensée, devenant le théoricien du marxisme le plus original.

Sa pensée est rassemblée dans les 3000 pages des Cahiers de Prison. Un ensemble de notes sur l’histoire italienne, la politique, la littérature et la culture, le fascisme, l’église catholique, le marxisme, la philosophie, les théories de l’éducation, Croce, Machiavel et les intellectuels.

Selon Gramsci, la famille, l’école, l’Église, les partis, les professions, l’institution scientifique, universitaire, artistique, les moyens de communication de masse constituent une forme de domination de classe. Elle se réalise au sein d’un mode de vie et de pensée, d’une forme de la culture et des rapports sociaux. Dans les plis et replis de l’existence quotidienne se fabriquent l’adhésion et le consentement qui assurent l’hégémonie. Pour Gramsci, le pouvoir de l’État n’est donc pas la source de l’hégémonie mais son résultat. En cela, il ne fait que suivre l’histoire de l’Église catholique, modèle type de l’institution qui a multiplié au cours des siècles, les formes de domination.

Gramsci explique en quoi la notion d’hégémonie est indispensable à tout processus de conquête du pouvoir. Dans sa pensée, les intellectuels jouent un rôle déterminant dans la constitution et le maintien de cette hégémonie. Schématiquement, le parti communiste serait à l’intellectuel marxiste, ce que l’Église est à l’intellectuel dit traditionnel catholique. Il montre déjà la dimension religieuse du parti, bien que le parti aspire à devenir l’État là où l’Église est déjà sinon l’État ou une instance semblable à l’État. C’est ainsi qu’il théorise la fonction de l’intellectuel organique et la notion de métapolitique. C’est-à-dire que la conquête du pouvoir politique passe d’abord par la conquête de l’hégémonie culturelle.

Dans les sociétés occidentales, il est impossible de prendre le pouvoir politique sans contrôler d’abord le pouvoir culturel. C’est pourquoi il convient d’adapter les théories marxistes de révolution et de dictature du prolétariat doivent à la réalité sociale.

De même, la prise du pouvoir étatique à l’aide d’une insurrection politique est impossible dans les mêmes sociétés évoluées, s’il n’y a pas préalablement un long travail idéologique de préparation du terrain au sein de la société civile.

Pour Gramsci, l’avènement du socialisme ne passe ni par le putsch, ni par l’affrontement direct, mais par la subversion des esprits. Il faut donc contrôler la "culture" parce qu’elle est la clé des valeurs et des idées. En effet, dans nos sociétés, la société civile joue un rôle décisif par rapport au politique, et l’hégémonie idéologique et sociale l’emporte, souvent, sur la domination politique et sur la force.

S’inspirant de Machiavel, Gramsci assigne dès lors une tâche déterminante aux "intellectuels" ; par un travail de termite, ils doivent saper les valeurs de la société traditionnelle et capitaliste. Ayant une fonction sociale et politique, ils doivent être ralliés ou détruits.
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Thibaut Meunier

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MessageSujet: Re: Antonio GRAMSCI   Mer 1 Aoû - 20:39

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